La période de Reconstruction de 1866 à 1877, suite à la guerre de sécession, sera fondamentale dans l’histoire des États-Unis.

Carte des USA en 1776

Le 4 juillet 1776 marque la signature de la Déclaration d’Indépendance des treize colonies face à l’empire britannique. C’est la naissance des États-Unis. Pendant la guerre d’Indépendance contre les anglais, 5000 Noirs rejoignent l’armée continentale américaine.  Dès 1787, une ordonnance interdit l’esclavage sur l’ensemble des territoires se situant au-dessus du fleuve Ohio. Mais, malgré l’entrée en vigueur de la Constitution américaine (1787) ainsi que les positions abolitionnistes des présidents Washington et Jefferson, l’esclavage pratiqué dans le Sud n’est pas remis en cause afin de garantir l’union de cette nation naissante. Des soulèvements d’esclaves ont bien été tentés, mais ils ont été à chaque fois réprimés et très sévèrement punis. Au Nord, les esclaves sont peu à peu libérés par leurs maîtres, et des mouvements humanitaires et sociaux menés par des grands écrivains(1) réfutent ouvertement l’esclavage. Mais le statut d’homme libre conféré aux Noirs ne garantit en rien une égalité de traitement.

1808 marque l’abolition par le Congrès de la traite négrière entre l’Afrique et les Amériques, mais la contrebande d’esclaves va perdurer pendant plusieurs années.

Pendant que le Sud s’entête, les réactions contre l’esclavagisme au Nord se font de plus en plus hostiles. Dès 1830 les Noirs du Nord s’organisent et créent la Convention Nationale Noire. Les tensions entre les abolitionnistes du Nord et les esclavagistes du Sud ne font qu’empirer. Abraham Lincoln gagne les élections de 1860, et promet d’abolir l’esclavagisme dans le Sud (2). Sept états du Sud décident alors de se séparer du reste des États-Unis, et de fonder une nouvelle nation, les États Confédérés d’Amérique. L’administration Lincoln refuse de reconnaitre la légitimité de cette décision.

Notes et Références bibliographiques 

(1) Thoreau cachait des Noirs fugitifs et Emerson refusait également d’obéir aux lois sur les esclaves fugitifs.

(2) Voir carte des États-Unis en 1860, avec les états abolitionnistes ou non.

 

 

Carte des Etats-Unis en 1860. Etats esclavagistes ou non.

 La « Civil War » éclate en avril 1861 entre l’Union (les états du Nord, presque tous abolitionnistes), et les onze états confédérés d’Amérique, tous esclavagistes. Il y a alors plus de 4 millions d’esclaves noirs sur le territoire Américain. Plus de 186 000 Noirs servent dans l’armée Nordiste, 38 000 seront tués. En 1863, en pleine guerre, Abraham Lincoln, président de l’époque, fait voter la Proclamation d’Émancipation, qui libère les esclaves des territoires des onze États confédérés. Il faudra attendre le 11 janvier 1865 pour que soit voté le XIIIe Amendement de la Constitution américaine, qui abolit définitivement l’esclavage. Abraham Lincoln sera assassiné le 14 avril 1865 par un sympathisant sudiste alors que la guerre s’est achevée quelques jours plus tôt (3).

1866 voit la rédaction du premier Civil Right Act prendre forme, censé garantir le droit de vote aux Noirs. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux sont élus dans les Assemblées d’État au Congrès. C’est également l’année de la fondation du Ku Klux Klan (KKK) par des vétérans de l’armée sudiste dont le but est d’affirmer une suprématie blanche et de s’opposer à la Reconstruction. En 1875, le Congrès vote la première loi sur les droits civiques (Civil Rights Act), qui stipule que : « [t]outes les personnes sous la juridiction des États-Unis auront droit à la jouissance totale et égale » de tous les lieux publics, ce principe « s’appliquant à tous les citoyens quelque soit leur race ou leur couleur de peau, même s’ils ont connu la servitude ». Mais cette loi sera déclarée anticonstitutionnelle par la Court Suprême en 1883, réduisant à néant les efforts menés et institutionnalise la ségrégation et la suprématie blanche.

La fin du XIXe siècle

En plus des revirements juridiques légaux, la période de la Reconstruction pour les Noirs des états du Sud a été synonyme d’échec de leur émancipation réelle. Cet échec est d’abord lié à la faillite de la réforme agraire : les terres qui devaient être redistribuées aux affranchis furent mises aux enchères et vendues à des prix beaucoup trop élevés pour les Noirs. Elles furent rachetées par la bourgeoisie du Sud et les spéculateurs du Nord. Les Noirs devinrent métayers (sharecroppers) et retombèrent dans un nouvel esclavage (4). Dans le Sud, de nouveaux « codes noirs » sont rédigés et limitent à nouveau les libertés des Noirs.

Notes et Références bibliographiques 

(3) La guerre de sécession durera du 12 avril 1861 au 9 avril 1865. La période de Reconstruction de 1866 à 1877, sera fondamentale dans l’histoire des États-Unis.  

(4)  Marianne Debouzy, Historique du problème noir [M. Fohlen, Les Noirs aux États-Unis (collection « Que sais- je ? »)]. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 21e année, N. 3, 1966. pp. 641-647. p. 244

Côté musique 

Les premiers africains débarqués à Jamestown en 1619 ont bien entendu emporté leur tradition avec eux, les rythmes musicaux et le chant en particulier. 

Les Field Hollers et Work Songs

Ces chants sont la suite logique de la tradition orale de la musique africaine, transposée aux États-Unis par l’arrivée des esclaves dans les plantations de tabac et de coton du Sud. Les Noirs n’ont pas abandonnés leurs racines et leurs identités. Ces chants étaient interprétés a capella, et donnaient aux esclaves Noirs la force de supporter leurs travaux difficiles, les cadences imposées par les maîtres, ainsi que les souffrances affligées au quotidien. Ils  étaient de véritables métronomes qui synchronisaient les mouvements répétitifs à effectuer. Ils étaient également un véritable moyen de communication car les esclaves avaient interdiction de dialoguer entre eux. Cela leurs permettaient de s’encourager les uns les autres. Ces chants leur donnaient la possibilité d’exprimer un véritable sentiment d’identité collective et de garder le lien avec leurs traditions africaines, dans lesquelles les chants et la danse rythmaient le quotidien. 

Les Field Hollers ou Field Calls, littéralement Appels du champ, fonctionnent sur le principe du « call and response », de tradition africaine : un soliste lance une formule à laquelle répond un chœur, le groupe de travailleurs, dans un échange de questions-réponses dont le rythme peut être marqué par l’outil de travail, les pioches, les masses, qui remplacent les tambours et font office de percussions. 

Les Work Songs, chants de travail, sont entonnés sur les chantiers ferroviaires, plus tard dans les ports, les chantiers du bâtiment, mais aussi retrouvés dans les pénitenciers. 

Les Field Hollers et les Work Songs sont à la fois modes de transmission des traditions, improvisation, répétition du thème chanté, phrasé court, lien communautaire, mais aussi forme de résistance cachée car ils s’expriment dans leurs dialectes. Musicalement, ils seront la colonne vertébrale de la musique noire, à l’origine du blues et du jazz.

 

Naissance de l’église chrétienne Noire

Chants religieux Negro Spirituals

Les Negro Spirituals sont des chants religieux afro-américains qui correspondent à la période pendant laquelle s’opère une évangélisation massive de la population noire, notamment dans les états du nord entre 1780 et 1830 : création de paroisses noires autonomes (parfois sectes) et naissance de chants spirituels chrétiens. Les Negro Spirituals sont avant tout des chants mélangeant traditions africaines et mélodies liturgiques européennes, souvent chantés a cappella par un groupe vocal. Ils ont été transformés et inventés par les esclaves noirs de manière anonyme. Des cérémonies clandestines se déroulent dans les bois en pleine nuit : Hush Harbors (havres de paix). Puis, la pratique religieuse s’effectue dans des Praise House (maison de louange) ou des églises blanches à l’écart. La qualité vocale des esclaves noirs lors des offices se fait ressentir. Bien qu’il n’y ait pas d’égalité de race entre les Noirs et les Blancs, il y a tout de même une communion spirituelle très importante. Les premières églises noires indépendantes font leur apparition vers 1770 quand les colonies d’Amérique du Nord souhaitent devenir indépendantes. La première église noire indépendante apparait en Caroline du Sud en 1774.

À partir de 1780, les meeting camps, rassemblements de Noirs auxquels se joignent également des Blancs, remplacent d’une certaine façon les Praise House. Lors de ces rassemblements, la musique joue un rôle prépondérant qui va fortement contribuer à l’éclosion des Negro Spirituals. Ils sont basés sur l’Ancien Testament, et plus particulièrement le passage concernant la libération des esclaves hébreux par Moïse. Ils aident la communauté chrétienne noire à créer une unité, à préserver leur culture et sont vecteur d’espoir. On peut associé les Negro Spirituals à des chants sacrés. Ces chants sont appris par répétition (comme pour les Work Songs et les Field Hollers). L’improvisation est déjà une des caractéristiques de ces chants, sans oublié les notes des gammes du blues, inconnue de la musique classique blanche de l’époque.

On ne peut parler de Negro Spirituals sans faire le lien avec l’histoire de l’Underground Railroad : l’Underground Railroad était un réseau de passeur mis en place afin de permettre aux esclaves du Sud de fuir vers le Nord. Afin de communiquer avec les passeurs, les esclaves utilisaient les Negro Spirituals, véritables codes qui permirent à 600 000 esclaves de migrer vers le Nord.

Les Negro Spirituals s’étendront au lendemain de la Guerre Civile, en1865. Ils sont devenus un moyen d’éducation à part entière. Les Fisk Jubilee Singers, groupe d’étudiants et de professeurs noirs de Fisk University à Nashville , vont populariser cette forme musicale (Fisk University est la première université noire du Deep South fondée en 1866 à Nashville, Tennessee).

Au fil du temps, les Negro Spirituals vont s’occidentaliser et vont laisser place au Gospel.

A suivre…